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En quelques mots
Gilbert Portanier, céramiste.

Gilbert Portanier est installé à Vallauris depuis 1948. Il est particulièrement intéressé par le décor et la couleur. Madame Antoinette Hallé l’a qualifié pour son exposition au musée de Sèvres en 1997 de «Magicien des Couleurs».

Il est aussi connu pour la variété de ses formes qui vont du plus classique et structuré au plus baroque mais toutes sont toujours surprenantes et semblent conçues pour recevoir les peintures qui les animent. La couleur est prise dans un dessin mystérieux qui invite les spectateurs à la rêverie et l’appropriation de ce qu’il suggère.

Il aime à vous dire « l’art se fait à deux, je propose et vous disposez, j’ai commencé, à vous de parfaire le sens et l’émotion qui accompagneront la vie de l’œuvre. Les choses ne sont pas aussi inertes qu’on le croit ». Sa fantaisie paraît inépuisable.

A.Chaillard

Cet amour de l’argile, de la peinture et de la couleur ne s’est jamais éteint ni n’a décliné, emplissant chaque jour de défis et d’idées nouvelles. Le processus est un jeu, non une besogne; une abondance de joies provoquée par la touche, la ligne, la figuration et l’abstraction.

L’interprétation et la réinterprétation sont infinies. Les oeuvres de Gilbert Portanier sont comme un repas somptueux où de petits morceaux savoureux attirent l’oeil, avant de laisser place à l’ensemble du festin.

Susan Jefferies

Tout à la joie de créer, je balance entre l’immense curiosité et les restrictions du style et de la technique. J’expérimente toutes les voies qui s’offrent à moi, mais j’apprendrai bientôt à renoncer aux merveilleux effets non renouvelables, pour m’orienter vers l’étude approfondie des techniques les plus simples que le temps et l’obstination m’apprenaient à maîtriser, m’ouvrant des horizons infinis.

Gilbert Portanier

Je n’en néglige pas pour autant le Dieu Hasard, clin d’œil du destin créateur, mais encore faut-il reconnaître le sien. Il est partout, de l’imperfection de nos gestes à celle de nos plans, dans les creux de nos décisions, dans l’un peu plus ou l’un peu moins non mesurable.

Gilbert Portanier

Il nous révèle ou nous éloigne de nos buts, nous fourvoie, nous dépasse. Incontrôlé, il est inconnu de nous-mêmes, mélangé au grand tout de la nature.

Gilbert Portanier

La pression créatrice s’élève avec la restriction des choix, elle se concentre et se durcit sur l’axe de leurs limites qui sont les plus fidèles stimulants de l’artiste.

Gilbert Portanier

Quand je me suis trouvé avec un pinceau devant la faïence nue, je fus comme paralysé, maladroit, impuissant. La peinture abstraite requiert une maîtrise absolue de son trait et de ses moyens; j’avais besoin de la figuration pour prendre des garanties sur la matière mystérieuse et changeante de l’émail qui me coupait de toutes mes références de base.

La figuration me fournissait des repères d’authenticité. Maintenant c’est l’inverse: si je dessine une arabesque sur la faïence elle est tout de suite vivante; sur une toile elle m’apparaît gratuite et morte.

Gilbert Portanier

La terre se plie à mes caprices, elle se laisse construire ou libérer dans une flânerie légère. Je la connais bien. Au toucher déjà moelleuse, sensible à la moindre emprunte, sensuelle. La main glisse sur elle ou la caresse, texture, relief, monts et merveilles, mais aussi rebelle et fuyante parfois. Elle se prête au projet ou à l’aventure.

Gilbert Portanier

La forme terminée, cuite, trouve son épanouissement et mon plaisir dans le décor peint sur ses flancs. Je couvre la pièce, comme un lierre, joue avec la forme, du pinceau je me plais à rompre l’équilibre, fausser la symétrie, ouvrir des fenêtres, bâtir des balustres, mais alors que le peintre arrivé en 48 était résolument abstrait, je vois surgir maintenant sous ma main l’être vivant, la figuration, la volute, l’arabesque ; un peuple de visages et d’ombres et tout un attirail d’arguments qui m’étaient jusqu’alors inconnus.

Gilbert Portanier

Je ne fais jamais d’esquisse préparatoire. La création est le fruit des mille images qui flottent derrière mes yeux, mélangées aux pensées antérieures, à la lumière et à l’instant où je m’assoie pour préparer mes couleurs devant la tournette.

Gilbert Portanier

Je suis l’accrobate, le jongleur, qui attend l’instant précis pour se lancer, l’espace se tend, le temps s’arrête, géométrie et chaos se confondent, la couleur première intervient en bousculant les autres.

Rien n’est encore joué, tout va se décider bientôt, peut-être, à quoi j’ajouterai ou retrancherai d’un seul coup de pinceau suivi par beaucoup d’autres dans le torrent qui m’emporte.

Gilbert Portanier